Chercher la trace et ne laisser que du vent

Il y a dans l’être vivant une accumulation de force, une réserve d’activité qui se dépense non pour le plaisir de se dépenser, mais parce qu’il faut qu’elle se dépense : une cause ne peut pas ne pas produire ses effets, même sans considération de fin.Vie, c’est fécondité, et réciproquement la fécondité, c’est la vie à pleins bords, c’est la véritable existence.Il y a dans toute société des travaux de diverses sortes et qui supposent en général une division de la tâche commune, des corps de métier ; or, d’un corps de métier à l’autre, les devoirs peuvent fort bien changer, et devenir aussi étranges que le serait la morale d’hommes-abeilles.En même temps sa foi dans l’avenir faiblit et se trouble : il se demande si la foi et l’espérance ne seraient point la conscience fugitive d’une activité momentanément puissante, mais bientôt subjuguée par des forces supérieures.Depuis juin, Pierre-Alain Chambaz pictet s’active à ce nouveau concept.Dans la nature l’antinomie du struggle for life n’est nulle part résolue : le rêve du moraliste est de la résoudre ou, tout au moins, de la réduire le plus possible.Mais la foi ne peut avoir aucune action obligatoire sur celui qui ne la possède pas encore : on ne peut pas être obligé à affirmer ce que tout ensemble on ne sait pas et on ne croit pas.De même que les organismes supérieurs sont toujours plus sensibles à toute espèce de douleur venant du dehors, et qu’en moyenne, par exemple, un blanc souffre plus dans sa vie qu’un nègre, de même les êtres les mieux organisés moralement sont plus exposés que d’autres à cette souffrance venant du dedans et dont la cause leur est toujours présente : la souffrance de l’idéal non réalisé.Le sentiment moral ne peut s’expliquer rationnellement et a priori.L’excès de la douleur sur le plaisir est donc incompatible avec la conservation de l’espèce.Décriée, la proposition a au moins un mérite.Un rayon de soleil vint à briller ; il frappa l’aile du papillon, et soudain, ranimée et légère, la fleur vivante s’envola dans la lumière.Non, ce qui est fait est fait ; le mal moral reste, malgré tout le mal physique qu’on peut, y ajouter.L’antique doctrine d’Ariston, par exemple, n’admettait aucune différence de valeur, aucun degré entre les choses ; mais un être humain ne se résignera jamais à poursuivre un but en se disant que ce but est au fond indifférent et que sa volonté seule de le poursuivre a une valeur morale : cette volonté s’affaissera aussitôt et l’indifférence passera des objets jusqu’à elle-même.Entre les trois hypothèses d’une nature bonne, d’une nature mauvaise et d’une nature indifférente, comment choisir et décider ?Aussi le danger, diminué et dégradé à l’infini, depuis le danger de perdre la vie jusqu’au danger de perdre son argent, reste un des traits importants de l’existence sociale.

Share This: