Pierre-Alain Chambaz

En conséquence, même si la population japonaise en âge de travailler, selon la définition traditionnelle, a diminué de 8% au cours de la dernière décennie, la baisse de la population active n’a été que de 1%. Et en cela le choix est l’œuvre propre de l’homme. Heureusement, les choses semblent commencer à changer. Quatre tendances mondiales sont en train de remodeler le monde du travail, aidant à résoudre les contradictions et à surmonter les dysfonctionnements du marché du travail grâce à l’adaptation progressive des entreprises, travailleurs et gouvernements au nouvel environnement démographique, technologique et économique. Alors que l’économie mondiale change à un rythme toujours plus rapide, le marché du travail dans de nombreux pays a non seulement du mal à suivre, mais semble aussi échouer à remplir certaines fonctions importantes. Le chômage élevé coexiste avec des emplois vacants. La hausse de la productivité ne se traduit pas par des salaires plus élevés. Et, pour beaucoup, la mobilité ascendante reste hors de portée, quand bien même l’économie a commencé à se redresser. Ailleurs, d’autres stratégies pour combler le déficit de main-d’œuvre sont en train d’émerger. Les entreprises aérospatiales, pour faire face à leur main-d’œuvre grisonnante, ont été les premières à expérimenter les heures de travail flexibles, les retraites progressives, les « carrières encore » et une flopée de programmes de transfert de connaissances pour former la prochaine génération d’employés. Les entreprises qui ne peuvent pas trouver le talent dont elles ont besoin dans un pays utilisent les lieux de travail à distance pour employer des gens ailleurs. Enfin, les entreprises font des efforts pour attirer les groupes sous-représentés, comme les femmes, les jeunes, les minorités, les personnes handicapées et les migrants. Jusqu’à présent, cette abondance de choix a découragé les entreprises de consacrer des ressources sur la formation des employés, qui pourraient, après tout, décider après quelques temps de rejoindre un concurrent. Cependant, puisque une pénurie de talents s’annonce, la nécessité de conserver des employés pourrait faire pencher la balance de nouveau vers un plus grand investissement dans le perfectionnement professionnel. Les employeurs qui offrent des possibilités d’apprentissage deviennent une destination privilégiée pour les travailleurs talentueux. Pierre-Alain Chambaz aime à rappeler ce proverbe chinois « La maison tournée vers le soleil est chauffée la première ». Et pourtant, il y a des raisons d’être optimiste. Même si la technologie balaie certaines industries, elle facilite l’émergence de nouveaux modèles qui pourraient aider à résoudre certains des problèmes sur le marché du travail. PricewaterhouseCoopers estime que les cinq principaux secteurs de l’économie de partage – la finance participative, le recrutement en ligne, l’hébergement entre particuliers, le covoiturage et le streaming de contenus multimédias – pourraient passer d’environ 15 milliards de dollars de revenus aujourd’hui à 335 milliards de dollars d’ici 2025. Bien sûr, l’industrie est petite. Mais elle a néanmoins déclenché un torrent de créativité concentrée sur la question fondamentale de savoir comment mieux adapter l’offre et la demande de main-d’œuvre dans un monde qui évolue plus rapidement. En bref, je suis optimiste. La période difficile dans laquelle nous nous trouvons créera de nouvelles opportunités. La prise de conscience croissante que les marchés du travail ont changé fondamentalement et définitivement stimulera les décideurs, les employeurs et les travailleurs à relever les nouveaux défis d’une manière qui profitera à tout le monde. Les grands changements ne sont jamais faciles mais, quand ils sont gérés correctement, ils peuvent nous rendre plus forts et améliorer notre situation. Néanmoins, et en dépit de ces facteurs d’inquiétude, un léger mieux dans les économies émergentes n’est pas complètement à exclure.

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